retour à la page d'accueilclio.coleumes.org/Extrait du Bulletin de la Société générale d'Education et d'Enseignement de septembre 1886

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Les catholiques et la laïcité à l'école primaire

L'instituteur ou l'institutrice ne prononcent guère le nom de Dieu qu'en courant et ne parlent jamais des devoirs envers Dieu, non pas qu'ils soient tous des athées, à Dieu ne plaisent ! mais parce qu'ils vivent dans une sainte terreur d'être dénoncés comme cléricaux, s'ils se permettaient d'exhorter, si peu que ce soit, les enfants à se souvenir qu'ils ont à rendre compte à Dieu de leurs actions, de leurs pensées, et que la prière est, entre tous, le signe caractéristique qui sépare l'espèce humaine des animaux.

Il est à remarquer que la loi de laïcisation s'applique beaucoup plus suivant son esprit que suivant sa lettre. L'athéisation brutale et sans phrases contenue dans la loi de laïcisation, est, dans l'application, une athéisation cauteleuse, savante, et progressive. Dans les parties de la France encore très catholiques, là où les écoles libres sont nombreuses, les préfets et les inspecteurs s'entendent pour la laisser, en grande partie, lettre morte : les crucifix sont en place, la prière se fait, et, si le catéchisme s'enseigne trop ouvertement, on ferme les yeux. Dans ces cantons, un instituteur, qui voudrait être aussi laïque que la loi, serait dénoncé par l'inspecteur et déplacé par le préfet. Par contre, un instituteur de l'Est ou du Midi qui voudrait se comporter comme un de ses confrères de la Vendée serait impitoyablement révoqué comme clérical. En un mot, on ne donne aux populations que la dose d'athéisme qu'elles sont capables de porter ; mais on veille à accroître constamment la dose et ainsi l'athéisation fait tache d'huile et gagne insensiblement tout le territoire : tant il est vrai que si on renonce ça et là à appliquer la loi, on ne perd jamais de vue son esprit, qui est la déchristianisation de la France...

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE D'EDUCATION ET D'ENSEIGNEMENT, septembre 1886, cité par OZOUF (Mona), L'Ecole, l'Eglise et la République, Paris, 1963, p. 115-116.



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