retour à la page d'accueilclio.coleumes.org/Extrait des Helléniques de Xénophon (III, 1, 10-28)

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Grecs et Perses en Eolide au début du IVe siècle avant J.-C.

Cette partie de l'Eolide appartenait à Pharnabaze, mais celui qui gouvernait (satrapeuô) la région pour son compte avait été, tant qu'il vécut, Zénis de Dardanos ; mais, quand ce dernier fut mort de maladie, comme Pharnabaze se préparait à donner le gouvernement (satrapeia) à un autre, Mania, la femme de Zénis, qui était aussi de Dardanos, prépara un convoi et se munit de présents pour en donner à Pharnabaze lui-même et pour se concilier aussi bien ses concubines que ceux qui avaient le plus d'influence sur lui, puis elle se mit en route. 11 Elle vient trouver Pharnabaze et lui dit : ``Pharnabaze, mon mari, tu le sais, t'était dévoué à tous points de vue et te versait en particulier les impôts (phoroi) de manière à être honoré de tes éloges. Eh bien, si tu trouves en moi-même un aussi bon subordonné qu'en lui, qu'elle nécessité pour toi d'établir un autre gouverneur (satrapès) ? Et si je ne fais pas ton affaire, tu seras toujours libre de me destituer et de donner mes fonctions à un autre.'' 12 A ces mots, Pharnabaze comprit qu'il fallait que cette femme gouverne (satrapeuô). Une fois qu'elle eut le pays sous ses ordres, on vit qu'elle ne versait pas moins les impôts que son mari ; en outre, quand elle arrivait chez Pharnabaze, elle lui apportait toujours des présents, et quand c'était lui qui descendait dans le pays, c'était elle qui de tous les hyparques organisait la réception de loin la plus magnifique et agréable. 13 Non contente de maintenir au pouvoir de Pharnabaze les cités qui lui avaient été remises, elle y adjoignit des cités non sujettes de la côte, Larisa, Hamaxitos, Colonai, dont elle prit les murailles d'assault, avec ses mercenaires grecs, tandis qu'elle-même, de son carrosse (harmamaxa), assistait aux opérations, accordant sans faute des présents à celui qu'elle félicitait, si bien qu'elle fit de ses mercenaires un corps très brilliant. Elle participait aux expéditions de Pharnabaze, en particulier quand il attaquait Mysiens ou Pisidiens du fait que ces derniers ravageaient le territoire royal. Si bien qu'elle jouissait en retour de l'estime la plus flatteuse de Pharnabaze, qui l'appelait parfois pour la consulter. 14 Elle avait plus de quarante ans quand son gendre Midias, qu'on excitait en lui disant qu'il était honteux qu'une femme eût le pouvoir alors que lui-même n'était qu'un simple particulier, profitant de ce que - alors qu'elle se défiait fortement des autres, comme il arrive dans un pouvoir tyrannique (tyrannis) - elle avait confiance en lui et lui témoignait l'affection qu'une femme peut témoigner à son gendre, entra chez elle et l'étrangla, à ce qu'on raconte. Il tua aussi le fils de Mania : c'était un très beau garçon d'environ dix-sept ans. 15 Cela fait, il se maintint à Skepsis et Gergis, places fortes où était de plus le principal des trésors de Mania. Mais les autres cités ne le laissèrent pas entrer et les garnisons qui les occupaient les maintinrent au pouvoir de Pharnabaze. Ensuite, Midias envoya des présents à Pharnabaze et lui demanda à être maître de la contrée, comme l'avait été Mania. Pharnabaze lui répondit qu'il pouvait garder tout cela, jusqu'à ce qu'il vînt lui-même prendre possession de ses présents en même temps que de sa personne ; il ne voulait plus vivre, disait-il, sans avoir vengé Mania.

16 C'est sur ces entrefaites qu'arrive Dercylidas et aussitôt il prit, en un seul jour, Larisa, Hamaxitos et Colonai, cités de la côte, qui se donnèrent à lui. Cependant il députait auprès des villes d'Eolide et leur demandait de s'affranchir, de l'accueillir dans leurs murs et de devenir ses alliées. Les gens de Néandria, d'Illion et de Cocylis se laissèrent persuader ; aussi bien les garnisons grecques qui s'y trouvaient n'étaient pas, depuis la mort de Mania, précisement bien traitées. 17 Mais à Kébren, ville très forte, celui qui gardait la place, pensant que, s'il la maintenait dans l'obéissance, Pharnabaze lui en saurait gré, ne laissa pas entrer Dercylidas. Celui-ci, en colère, fit des préparatifs d'assault. (...) 18 (...) [A la suite de retardements et d'une escarmouche] des hérauts envoyés par les Grecs sortent remparts et viennent lui dire que la conduite du chef de garnison ne leur plaît pas et qu'ils aiment mieux, pour leur compte, être avec les Grecs qu'avec le barbare. 19 Pendant que la conservation se prolongeait arrive un envoyé du chef pour dire que les déclarations faites par ceux qui l'ont précédé, il les approuve lui aussi. Aussitôt, Dercylidas, comme il avait, par chance, obtenu ce jour-là des présages favorables, fait prendre les armes et mène ses troupes vers les portes de la ville ; les autres ouvrent les battants et leur font bon accueil. Après avoir installé là aussi une garnison, il marcha aussi sur Skepsis et Gergis. [Dercylidas réussit à s'introduire dans les villes de Skepsis et de Gergis. Dans cette ville, il réussit à évincer Midias]

20 ``Dis-moi, [dit Dercylidas à Midias], de qui Mania était-elle vassale ? - De Pharnabaze répondirent tous [les gens de Skepsis]. - Et alors, dit-il, les biens qu'elle possédait appartenaient aussi à Pharnabaze ? - Certainement, dirent-ils. - Ils pourraient bien devenir nôtres, puisque nous sommes les plus forts ; car nous sommes en guerre avec Pharnabaze. Alors qu'on me mène, dit-il, où sont les trésors de Mania, qui appartiennent à Pharnabaze.'' 27 Après avoir visité [tous les trésors], il fit tout enfermer, mit les scellés et établit les gardes. 28 En sortant, il rencontra à la porte des taxiarques et des lochages, auxquels il dit : ``Voilà, camarades, de la solde toute prête, de quoi payer, pendant près d'un an, huit mille hommes ; si nous pouvons nous procurer quelque chose par là-dessus, cela fera encore un supplément.'' En parlant ainsi, il savait bien qu'à cette nouvelle les hommes seraient plus disciplinés et mieux disposés à servir.

XÉNOPHON, Helléniques, III, 1, 10-28.



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