Introduction
1) L'instituteur comme figure morale
1.1) Un profil type ?
1.2) L'instituteur au sein des structures locales
1.3) L'instituteur au sein des structures étatiques
2) La sécularisation au travers l'éducation
2.1) Les structures éducatives
2.2) Le contenu éducatif
2.3) Esprit des lois et réalité des Deux France
Conclusion
- CARON (FRANÇOIS), La France des patriotes, de
1851 à 1918, Paris, Fayard, 1985.
- COULONJOU (HÉLÈNE), ``Pourquoi l'École de Jules
Ferry divise la France, entretien avec Mona Ouzouf'' in
L'Histoire, Paris, n
130, février 1990.
- GAILLARD (JEAN-MICHEL), ``Éduquer et instruire'' in
L'Histoire, Paris, n
202, septembre 1996.
- MAURER (CATHERINE), Religion et culture dans les
sociétés et dans les États européens de 1800 à 1914, Paris,
Bréal, 2001.
- MAYEUR (FRANÇOISE), De la Révolution à l'École
républicaine, tome III de l'Histoire générale de
l'enseignement et de l'éducation en France, dirigée par
PARIAS (LOUIS-HENRI), Paris, Nouvelle librairie de
France, 1981.
- NÉANT (HUBERT), La politique en France,
XIXe-XXe siècle, Paris, Hachette, 1991.
- OZOUF (MONA), L'École, l'Église et la République,
1871-1914, Paris, Seuil, 1982
.
- PROST (ANTOINE), L'enseignement en France,
1800-1967, Paris, Armand Colin, 1968.
Figure:
Les
radicaux aux élections du 26 avril 1914 d'après Néant (Hubert), 1991, p. 122.
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Introduction
1) général L'éducation en tant qu'élément constitutif de
nation est apparement une innovation du XIXème siècle. Sans doute du fait
du concept de nation même, reposant sur l'idée d'une cohésion
dépassant la sujétion (opp. ancien régime), reposant sur l'idée d'une
culture commune.
2) auteur
Bulletin de la Société générale d'Éducation
et d'Enseignement
- gen. trimestriel, depuis 1868
- organe du Conseil de la Société générale d'Éducation
et d'Enseignement -> ecclésiastiques et personnalités catholiques
- « noyau de la resistance catholique légale »1, antagoniste de la Ligue de l'Enseignement
3) nature Texte critique, naturellement emprunt de
principes religieux. Communication interne (adhrérents) et externe (public)
4) contexte
- La perception du rôle de l'éducation dans la société
française :
innovation à la révolution : l'éducation en tant que projet
social national.
Condorcet, en 1792 -> laïc, non-oblig., gratuit -> proj. mis de coté par le contexte (guerre
avec l'Autriche) et désintérêt sans doute.
Le Peletier de Saint-Fargeau -> monopole d'Etat,
obligation scolaire « maisons d'égalité », défendu par
Robespierre -> par pragmatisme, les thermidoriens (Rob.
)
mettent plus ou moins de coté la mise en application de ce projet.
Avant, l'école primaire : projet social de l'Eglise et des
communautés villageoises. Eglise -> présence partout, réaction
tridentine. Commun. -> embaucher les maitres.
L'école est lieu d'apprentissage au respect d'un ordre
établit.
Après l'épisode révol., Napoléon crée
« L'université », corps unique qui doit donner « à
l'Empereur des sujets fidèles et dévoués »2
L'industrialisation : évolution de la pensée caritative
chrétienne.
Grand choc de la défaite de 1870 : pour certains, conséquence
l'ignorance du français lambda (amour de la patrie
défaillant) .
<->La commune, même causes.
Pour les chrétiens, idée que la Rév. (+ commune, indus.) est
une erreur, que 1870 est vengeance divine (rigorisme) -> faire
revenir dans le droit chemin les brebis égarées.
Pour tous, idée que l'éducation ne doit plus toucher que les
élites.
- Les lois scolaires en France au XIX concernant le
primaire : conséquence du gain d'intérêt du sujet :
10 mai 1806, création de « l'Université » par Napoléon
28 juin 1833, loi Guizot, oblige les communes à avoir une
école primaire (departement à
une école normale primaire, mise en place du certificat de
capacité.
15 mars 1850, loi Falloux, reconnait « deux espèces d'école
primaire »3,
mise en place du brevet d'obédience (permet à n'importe quel
congrénaniste d'enseigner).
lois de la IIIème Rep, lois Ferry (etc) :
16 juin 1881, gratuité de l'enseignement.
29 mars 1882, obligation de laïcité de
l'enseignement -> ici discutée.
20 mars 1883, loi sur les constructions scolaires.
30 octobre 1886, loi Goblet, obligation de laïcité du corps
enseignant public : 1 mois après le texte... mais déjà en mars
1884,
projet adopté par la Chambre... élections de 1885, peu évidente
pour les Républicains... projet adopté par le Sénat en mars
1886... Mis en application en octobre 1886 -> notre texte se
trouve en plein coeur de ce débat.
5) Du fait du contexte, le texte aborde principalement le cas
de l'instituteur. Dans une perspective plus large -> discussion sur
le projet éducatif de la IIIème République.
Quelle est la vision de l'instituteur de la part des catholiques ?
Quelle est leur impression globale sur l'éducation proposée ?
6) Présentation du plan
1) L'instituteur comme figure morale
Doc. qui illustre l'importance de la morale de l'éducateur.
1.1) Un profil type ?
« non pas qu'ils soient tous des athées » (l.4) : première phrase,
premier constat = division confessionnelle, élément clef de
discorde nationale (athéisme, déisme, protestantisme...) -> instits.
Correspond à une réalité : Statistique de
l'Enseignement primaire (du Ministère de l'Instruction
Publique)4 1876-1877 (10
avant les faits - renouvellement massif peu probable) :
- dans le public
26 823 congrénatistes, soit 32 % (55 056 laïcs)
- dans le privé
19 861 cong., soit 65 % (10 785 laïcs)
Indicatif, just. chiffre : en 1906-1907, après Combes et la loi
Goblet : reste 5 % (de 160 465 instit.)
Aussi, parle d'être « athée », il n'est pas certain qu'un
instit. laïc le soit pour autant.
L'instit. doit « exhorter [...] les enfants à se
souvenir qu'ils ont à rendre compte [...] de leurs actions, de leurs
pensées » (l.5-7)
Rôle moral fort. Non démenti par les Républicains : Ernest Lavisse,
agrégé d'histoire, rédige un Manuel d'Histoire en 1876,
réédité en 1884, destiné au primaire. Un texte en a été extrait par
le journal L'Instruction Primaire en 1883, fournit par le
ministère aux instituteurs (donc voix très officielle)5 :
« On peut [...] honorer [la patrie ...] par l'amour du travail, par
l'honnêteté, par le respect du droit des autres. »
1.2) L'instituteur au sein des structures locales
rôle moral = vis-à-vis de la communauté dans laquelle
l'instit. s'insère. Donc jugé et observé par cette communauté...
« ils vivent dans une sainte terreur d'être dénoncés » (l.4-5), ils
risquent d'être « dénoncés » (l.21), « impitoyablement révoqués »
(l.25).
L'auteur tait le rôle du curé (logique) et du maire ici.
Instruction donnée en 1881 aux enseignants laïcs6 : ne pas aller au café, ne pas manger à la table
commune de l'auberge ; son logement doit être exemplaire en terme de
propreté...
L'auteur ne précise pas d'où vient la pression morale, « la sainte
terreur » (sur l'instit) -> se focaliser sur l'instit. ainsi, c'est
pourtant participer de cette dynamique.
Ex : si l'instit. risque d'être « dénoncé » pour sa laïcité (v. l.20) <=
position que l'auteur ne renierait pas. (Paradoxe)
1.3) L'instituteur au sein des structures étatiques
L'auteur s'axe sur le poid du l'inspecteur d'académie et du préfet :
« dénoncé par l'inspecteur et déplacé par le préfet » (l.21-22).
Rôle peu reluisant, accordé à ceux qui sont, en fait, les représentant
de la structure étatique de laquelle dépend l'instit.
Le préfet, comme toujours aujourd'hui est représentant de l'Etat dans
les régions, fonctionnaire politique.
L'inspecteur, fonctionnaire universitaire, est totalement subordonné
au premier.
Pouvoir indéniable7 : loi
impériale du 14 janvier 1854, nomination et peines disciplinaires sont
entre les mains du préfet, sur rapport de l'inspecteur.
Problème réel, plaie de l'institution primaire public de l'avis même des
amicales des Instituteurs : arbitraire dans l'attribution des postes,
déplacements d'office.
Dans De la nomination des instituteurs,
Cuissart8 dénonce « l'omnipotence » du
préfet sur l'inspecteur. La loi Goblet de l'année 1886 confirmera
cette hierarchisation.
Critique à plusieurs aspects : critique du fonctionnement de
l'inspection, substitué aux conseil municipaux et conseils de notables
; critique du régime politique sur un plan formel ; critique du régime
sur un plan idéologique.
Un portrait assez critique de l'instit = exigeances importantes,
reconnaissance d'une position complexe => trame d'un discours
idéologique de fond... le combat contre la sécularisation.
2) La sécularisation au travers l'éducation
Lutter contre la sécularisation = logique même dans l'élan chrétien à
vocation universaliste. Avoir sa pratique ne suffit pas, il faut la
diffuser ; ceci explique l'apostolat.
Pour l'auteur, éducation = vecteur de sécularisation à combattre.
Présenter sous-parties + instit = constitutif de la structure, artisan
du contenu.
2.1) Les structures éducatives
« l'athéisation brutale et sans phrases » (l.12) passe par un
changement des structures (intro, loi sur les constructions
scolaires).
Ex: prévu qu'il n'y ait plus « les crucifix [...] en place »
(l.17).
Locaux, et personnel (hierarchie, instit selon la loi Goblet
bientôt en applic.)
A nouveau « athée » en lieu et place de « laïc » : probab. procédé pour
inquieter le lectorat.
2.2) Le contenu éducatif
Naturellement clef, distinction par rapport aux Rép. sur « les
devoirs envers Dieu » (l.3).
Paradoxe : amendement de Jules Simon sur la loi sur la laïcisation du
programme : « envers Dieu et la
patrie »9. Débat, finalement : pas de
mention de Dieu dans la loi mais dans les programmes => idée que la
religion reste un ciment national.
Paradoxe à l'origine même : ironie sur l'application du programme
« ne prononçent guerre le nom de Dieu qu'en courant » (l.1-2),
juron...
Quant au « cathéchisme [... qui] s'enseigne trop ouvertement » (l.19) =
selon la loi = une matière facultative (cas Alsacien : au collège,
les parents doivent signer une dispense d'éducation relig.)
Evidemment, importance de la relig. dans l'éducation : « la prière
est [...] le signe caractéristique qui sépare l'espèce humaine des
animaux » (l.5-9) = pensée non laïque : déni de l'humanité d'un être
pour un motif religieux : traduit divergeance en Rép. et l'auteur.
2.3) Esprit des lois et réalité des Deux France
Des « parties de la France [...] très catholiques » (l.14-15) :
division, hérit. partiel de la Révolution.
Exemple : la Vendée (l.24) zone très catholique : évoc. des
Guerres de Vendée, catholiques et royalistes contre révol.; agitation
suite à la Constitution civile du clergé en 1790 (beaucoup de
réfractaires en Vendée) ; agitation en 1815 ; tentatives en 1832 de la
part d'une certaine noblesse => image d'Epinal de la région très
catholique.
Exemple : le Midi et l'Est (l.23) zone très laïque : les résultats
(voir carte) des radicaux aux élections de 1914 en donne une idée
(justification de la carte :radicaux successeurs idéologiques des
courants libre-penseurs ; religions ancrées profondement, évolutions
lentes... donc représentativité)
Situation expliquant que « la loi s'applique beaucoup plus suivant
son esprit que selon sa lettre » (l.10-12) et que la loi est laissée
« lettre morte » (l.17) dans les régions très catholiques.
En soit pas choquant, une loi n'est pas une finalité mais l'expression
d'un esprit. Si l'esprit passe sans la loi, ce n'est pas
problématique.
Aussi, la loi Goblet comme la plupart des autres loi du genre = délais
d'application prévus.
L'intérêt de cette remarque pour l'auteur = présentation d'une
diffusion de la loi de manière insidieuse, une « athéisation qui fait
tache d'huile » (l.29).
Là encore = communication interne, avertissement aux autres
catholiques.
Pour l'auteur, il y'a donc une déchristianisation progressive, passant
par une évol. des struct. éduc. et du contenu éducatif.
Conclusion
(objet : Quelle est la vision de l'instituteur de la part des catholiques ? Quelle est leur impression globale sur l'éducation proposée ?)
1) l'Instituteur
- victime éventuelle de l'Etat (un rôle qui plait à l'auteur...)
-> problème du poid du prefet ; mais aussi de la communauté citadine
ou rurale
- doit avoir une morale irréprochable = d'accord avec ses
contradicteurs
- pas encore laïcisé, mais sur le feu..
2) La sécularisation
Sur le feu... La loi Goblet boucle la laïcisation de droit.
L'auteur pense comme ses adversaires que l'éducation à un rôle majeur
pour l'avenir.
Et l'esprit de ces lois pour l'auteur est « la déchristianisation de la
France » (l.29), ce qui rejoint son emploi du mot athée (en lieu et
place de laic) : dans les faits, tous les Républicains ne pronent pas
une laïcité de combat ; la tendance en 1886 est à la laicité de droit
(contrairement au combisme plus tardif).
Même si à terme, la déchristianisation est visée, ce n'est pas
(encore) de manière autoritaire.
_________________________
Notes de bas-de-page :
- ... légale »1
- Ozouf
(M.), 1982, p.245
- ... dévoués »2
- Circulaire
du 4 avril 1811 adressée aux recteurs, cité par Gaillard
(J.-M.), 1996, p.29
- ... primaire »3
- cité par Gaillard (J.-M.), 1996, p.31
- ... Publique)4
- citée par Ozouf (M.), 1982, p.233
- ... officielle)5
- cité
par Caron (F.), 1985, p.391
- ... laïcs6
- cf. Ozouf
(M.), 1982, p.127
- ... indéniable7
- Ibid. p.234
- ...
Cuissart8
- Ibid. p.235
- ... patrie »9
- Ibid. p.73