Introduction
1) Une critique de la perception des cultes du solognot lambda
1.1) Par rapport au culte protestant
1.2) Par rapport au culte catholique
2) Un discours néanmoins ambigu
2.1) L'affirmation du dogme catholique couplée à une certaine appréciation de préceptes protestants
2.2) Un discours apparemment colonisé par « la contre-culture des faibles »
2.3) Un discours teinté de rationalisme
3) Finalement, un aperçu des pratiques et mentalités du monde rural
3.1) Un monde surnaturel, des intercesseurs
3.2) ... En réponse aux préoccupations des ruraux
Conclusion
P. G
OUBERT, D. R
OCHE,
Les Français et l'Ancien Régime, t2 culture et société, Paris, 1984.
P. G
OUBERT, D. R
OCHE,
Les Français et l'Ancien Régime, t1 la société et l'Etat, Paris, 1984.
F. B
ORDES,
Sorciers et sorcières, procès de sorcellerie en Gascogne et Pays Basque, Toulouse, Privat, 1999.
Introduction
1) général
Suite à la réforme, les pratiques cultuelles évoluent, les attentes
des chargés d'âmes de même.
2) nature du doc.
Ouvrage de nature pamphlétaire, critique, rédigé par Christophe
Sauvageon, prieur de Sennely.
Il s'agit d'un curé = a charge d'âmes.
Visites pastorales -> décrit le comportement des ouailles dont il a la charge
Le texte est daté de v.1700
3) contexte
- statuts religieux en France v.1700
En 1593 l'édit de Nantes -> certaines garanties aux protestants, le libre exercice de leur culte en premier lieu.
Louis XIV, entrant dans son règne personnel (1661) s'affiche
hostile aux jansénistes (qui mettent au cause l'absolutisme du pape et du roi).
+ important, Louis XIV ne voit l'édit de Nantes que comme un compromis temporaire -> unité de foi. 1679 -> application restrictive1 de l'édit. 1685 -> révocation.
Pas d'unité de foi : exil, résistance passive...
En parallèle : multiplication des séminaires diocésains. Hausse
de la qualité de l'instruction des fidèles
- Sennely
Dans l'Orléanais, au sud de Paris... La Sologne, petite zone dont fait partie Sennely. v. 20 km au sud-est de Blois. v. 5 000 km2
Avant le XVIe siècle, château, grands chantiers.
XVIe siècle > le sol montra ses premiers signes d'usure. Les céréales cédèrent peu à peu la place à l'élevage des moutons. Les marécages gagnèrent du terrain et avec eux les fameuses fièvres de Sologne (paludisme). La vague des grands chantiers retomba.
XVIIe la Sologne s'enfonça dans la misère et devint l'une des régions les plus insalubres du royaume.
4) Comment un homme d'église perçoit-il ses ouailles en milieu
rural ? Comment la population rurale vit la religion ?
5) Présentation du plan
1) Une critique de la perception des cultes du solognot
lambda
1.1) Par rapport au culte protestant
- Haine des protestants.
l.6 « Leur haine est pourtant ridicule : car ils ne donnent point d'autre raison pour la justifier sinon que les huguenots ne croient pas en la vierge »
Ridicule, en effet, pour une personne éclairée connaissant les divergences de manière précise. Concile de Trente en 1563 (dernière session) : divergences dogmatiques et disciplinaires.
=> Dogme : les oeuvres sont nécessaires, le sacerdoce est sacré, les sacrements sont sept, le Christ est présent dans l'eucharistie, les saints sont des intercesseurs à qui il faut s'adresser, notamment la Vierge, existence du purgatoire, valeur des indulgences.
=> Discipline : célibat ecclésiastique, latin, existence de l'index.
Compréhension que partielle de ce qu'est le protestantisme. -> ignorance
1.2) Par rapport au culte catholique
- Incompréhension du culte des saints.
l.33 « Lorsqu'ils souffrent quelques douleurs, ils implorent d'abord Saint Sulpice, qu'ils appellent saint Supplice »,
Incompréhension sur les mots prononcés. L'Église catholique met en
avant la parole (contrairement au protestantisme mettant en avant la
lecture des Écritures), le problème est donc notable.
l.31 « Ils croiraient offenser Dieu s'ils sassaient leur farine le jour de saint Thomas, parce qu'ils ont une fausse tradition parmi eux que ce saint apôtre a été martyrisé avec une sassoire »
Ignorance de l'hagiographie : Thomas est célèbre pour son incrédulité lorsque Jésus apparaît aux apôtres après la Résurrection et qu'il demande à toucher les plaies pour croire.
l.40 il font un pèlerinage « à sans Jean-Baptiste, pour les brebis, parce qu'on représente saint Jean avec un agneau »
Ignorance de l'hagiographie : Les Évangélistes considèrent Jean-Baptiste comme le dernier des Prophètes de l'Ancien Testament. Il est le Précurseur, c'est-à-dire celui qui annonce directement la venue du Messie et qui le précède. Il a pour attribut un agneau crucifère.
Problème pour l'Église catholique qui, là aussi contrairement aux
protestants, met en avant de l'image comme outil pédagogique.
- Pratiques festives
l.15 « ils sont exact observateurs des fêtes et se plaignent amèrement de ce que nos Seigneurs les évêques les ont retranchés »
Le clergé est hostile aux fêtes, de signification trop souvent contestataire : suppression des fêtes des fous, remise en cause des carnavals, feux de la Saint-Jean.
- Les pèlerinages
l.13 « ils entreprennent [...] des pèlerinages à toutes les Nôtres-Dame du Pays »
Le clergé est aussi hostiles aux pèlerinages, lieux trop favorables aux cultes des reliques... lieu de rencontre, provoquant des errances...
Réduction de la carte des pèlerinages. Il est ici question des Nôtres-Dame du Pays
- Les ordres mendiants
l.24 « ils honorent extrêmement les prêtres, exceptés ceux de leurs paroisses, mais particulièrement les religieux mendiants qu'ils croient être des saints et auxquels ils donnent libéralement »
L'auteur se sent dévalorisé injustement.
Il accuse les solognots d'être trop cléments avec les membres d'ordres mendiants.
La spiritualité médiévale -> valorisation extrême de la pauvreté, vertu sanctifiante à l'image du Christ.
Évolution -> la population paupérisée parait inutile, ne travaillant pas, ne produisant pas, paraissant pouvoir désirer bouleverser l'ordre social. Donc vu comme danger.
==> Les solognots paraissent donc ignorants
2) Un discours néanmoins ambigu
2.1) L'affirmation du dogme catholique couplée à une certaine appréciation de préceptes protestants
l.2 « il y'a peu d'impies parmi eux », l.3 « l'hérésie de Calvin qui s'est répandue si universellement... »
Pour l'auteur, le protestantisme = une hérésie, les protestants = impies
Néanmoins l.8 « ils sont fort zélés pour le dehors de la religion, aiment le grand office, les riches ornements, de voir quantité de statue des saints dans leurs églises »
Propos qui fait fortement penser à un discours protestant = critique
de la présence de représentations iconographiques, critique du manque
de sobriété, critique de l'omniprésence du culte des saints.
A propos du culte fervent des saints pratiqué par les solognots, il
parle de l.29 « rigides observateurs de différentes pratiques de
dévotion qui sont également déplorables et ridicules et qui ne servent
qu'à les éloigner de la véritable piété »
2.2) Un discours apparemment colonisé par « la contre-culture des faibles »
l.50 « ils doutent du salut d'une personne qui meurt étant tourné vers la ruelle du lit, prétendant que le démon y est en sentinelle pour s'emparer des âmes de ceux qui meurent de ce coté là »
Dans un premier temps, théologiens, savants, croient tous en la
réalité du satanisme. Goubert appelle cela « la contre-culture des
faibles », la vision du diable comme pendant maléfique exact du dieu
chrétien étant une forme de vision manichéenne du culte.
En 1686, Colbert interdit aux Cours de retenir l'accusation de
sorcellerie sabbatique. Sorciers -> illusionnistes
2.3) Un discours teinté de rationalisme
Vu plus haut, l'auteur est aussi touché par l'évolution rationaliste du monde, il est hostile aux « religieux mendiants [...] auxquels ils donnent libéralement l'aumône ».
Les religieux mendiants apparaissent comme inutile -> pas leur place.
Il évoque aussi l.83 « la croyance qu'il existe une vertu inhérente dans leurs cloches pour dissiper les nuages dangereux et s'offenser contre ceux qui leur veulent faire comprendre que l'effet de fendre et de dissiper les nuées vient d'une cause toute naturelle, les cloches ne faisant que comprimer l'air par leur son »
L'auteur met en avant une explication scientifique pour expliquer un phénomène qui aurait été auparavant expliqué par le divin.
==> l'auteur ne parait finalement pas si à cheval sur le dogme,
dépourvu de paradoxes
3) Finalement, un aperçu des pratiques et mentalités du monde
rural
3.1) Un monde surnaturel, des intercesseurs
l.17 « attribuant à cette suppression [des fêtes] tous les malheurs des guerres et de la famine qui sont arrivées au Royaume depuis ce temps-là »
Guerre de Trente Ans (1618-1648), la Guerre de Dévolution (1667-1668), La Guerre de la Ligue d'Augsburg (1689-1697), Grande famine de 1693-1694...
Tout les phénomènes politiques, naturels, s'expliqueraient par la volonté divine.
Pour satisfaire celle-ci, des intercesseurs. Nombre important de
pèlerinages, l.40-45. Forte croyance en l'efficacité du culte des
saints
3.2) ... En réponse aux préoccupations des ruraux
Nous donne une idée de leurs préoccupations.
- La pauvreté
l.5 « donner leurs biens aux pauvres ».
Protestants généralement aisés... Région concernée par la pauvreté...
l.26 « les religieux mendiants qu'ils croient être des saints »
Dans le même esprit.
- Les maladies, les enfants
Recherche d'une protection du divin, l.36 « lorsqu'ils ont des malades en langueur ou en grande agonie, pour les faire vivre ou mourir plus tôt », l.37 « sainte Perpétue, pour avoir du lait aux nourrices qui sont taries »
- Les bêtes et la météo
l.40 « aucune sorte de maladies pour lesquelles ils ne fassent des pèlerinages ». l.46 « ils regardent comme une faute punissable de cette vie de faire brûler le joug d'une charrue »
L'élevage de brebis est l'activité principale. Logique de subsistance... Pas de champs à labourer, pas de bêtes de trait...
l.84 « une vertu inhérente dans leurs cloches pour dissiper les nuages dangereux »
Cloche = point important de la vie d'un village, signale les fêtes,
ponctue le temps. Les cloches sont baptisées, entourées de messages
propitiatoires : la perception des villageois est cautionnée par
l'Eglise.
==> Accusation de paganisme
Conclusion
1) Nous avons aperçu les reproches fait par Christophe
Sauvageon, ses propres paradoxes, la vision des ruraux de la société.
2) Ignorance C. Sauvageon accuse les solognots d'être
ignorant. A l'écouter, il est vrai que les carences sont majeures :
hagiographie, différences entre protestantisme et catholicisme.
3) Paganisme En fait, une suspicion de paganisme. Ignorance
-> paganisme. Pratiques dans de mauvaises conditions, mauvaises
pratiques, mauvaise compréhension de bonnes pratiques... Ce sont des
« idolâtres baptisés »
4) Christophe Sauvageon est lui même relativement paradoxal dans
ses propos, nous dresse un tableau très figé du monde rural. Un monde
finalement qu'on pourrait confondre avec le Bas-Moyen Âge. Mais il
faut prendre en compte le ton hyperbolique de ce document.
Le calvinisme, par ex, est loin de s'être répandu universellement dans toutes les contrées du royaume.
La vision qu'il nous donne des pratiques religieuses des solognots est
sans doute exagérée. L'existence de son texte en soi témoigne d'une
évolution en cours : puisqu'il considère intolérable une situation qui
autrefois aurait pu tout à fait été acceptée.
_________________________
Notes de bas-de-page :
- ... restrictive1
- Tout ce qui n'est pas explicitement autorisé est interdit.