retour à la page d'accueilclio.coleumes.org/Commentaire d'un extrait de De la République de Cicéron sur le thème ``Les Romains et la monarchie d'après Cicéron''

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Plan

Introduction

1) Sur le plan théorique, à quel type de gouvernement adhère Cicéron ?
1.1) L'instabilité des « formes pures »
1.2) La constitution « mixte »
1.3) A la recherche de « l'équilibre tempéré »

2) L'expérience monarchique romaine selon Cicéron
2.1) Un « monarque excellent », Servius Tullius
2.2) Tarquin le Superbe, « le plus laid »
2.3) La chute de la monarchie

3) L'expérience monarchique romaine selon Cicéron revisitée
3.1) Servius Tullius, un second Romulus ?
3.2) Tarquin le Superbe, « des lieux communs véhiculés par la littérature grecque »
3.3) La présence féminine
3.4) Une insurrection civique ?
3.5) Une menace de retour monarchique ?

Conclusion

Bibliographie

M.-P. ARNAUD-LINDET, Histoire et politique à Rome, les historiens romains, Paris, Bréal, 2001.
CICÉRON, De la république, A. FOUILLÉE (éd.), Paris, 1868.
F. HINARD (dir.), Histoire romaine, T1, Paris, Fayard, 2000.
P.M. MARTIN, ``Rome : la chute de la royauté'' in L'Histoire, numéro 108, 1988.

Plan détaillé

Introduction
1) général Aborder l'histoire du régime appelé principat passe nécessairement par le questionnement sur la perception romaine d'autres types de régimes politiques.
2) nature du doc. Traité de Cicéron (106-43), homo novus d'une famille équestre d'Arpinum, consul en 63. Plus réputé pour ses talents oratoires que guerriers

Nous disposons de lui : plaidoyers, discours, divers traités de rhétorique

Le texte : extrait de La République.

v. rédigé de 61 (avJC) à 51 (remanié, évoqué), lors de l'exil de Cicéron, retiré de l'action politique.

parvenu à nous partiellement.

Au XII siècle perdu ? Retrouvé dans un manuscrit palimpseste (effacé pour resservir de support) au XIXème.

Adopte le dialogue (Platon) mettant en scène Scipion : non pas l'Africain, (IIIème et IIème siècle, grand vainqueur de la seconde guerre punique) mais Scipion Emilien (IIème vainqueur de Carthage), illustre parmi les illustres de l'oligarchie romaine, le dialogue étant censé se produire avant 129 avJC.

Objet : détailler la structure de la constitution romaine.

Composé de VI livres. Édition Fouillée :

ici livre II.
3) contexte De 61 à 51 : continuation du processus déjà engagé => Marius au début du siècle => poursuivi par Sylla, Pompée... Apparition d'individu au pouvoir surpassant celui des gens et perturbant fortement les structures oligarchiques. Période d'instabilité et de violence au sein même de la cité.
4) Comment Cicéron connaît ou décrit les problèmes de la monarchie romaine passée ? Quelles sont ses recommandations en matière de constitution politique ? Cicéron est-il placé uniquement selon une perspective théorique et historique ?



1) Sur le plan théorique, à quel type de gouvernement adhère Cicéron ?

Comprendre comment Cicéron apprécie la monarchie demande de comprendre comment Cicéron apprécie les différents systèmes politiques qu'il connaît.
1.1) L'instabilité des « formes pures »

Théorie développée => Platon, Aristote et Polybe.

Tous types de gouvernement, selon cette théorie, ont une forme pure et une forme (négativement) altérée : monarchie/tyrannie, démocratie/démagogie et aristocratie/oligarchie.

Cicéron adhère à cette théorie, bien qu'il ne détaille ici que le cas de la monarchie l.29 « [...] si je pouvais adhérer à une forme pure de gouvernement [...] », l.88 « [...] par la faute d'un seul homme, une forme d'état qui était bonne est devenue la pire de toutes [...], cet homme [...] les Grecs le nomment un tyran [...] »

Le détenteur du pouvoir (groupe ou individu) sert l'intérêt commun ou privé.

L'intérêt commun, la bien commun, la res publica, constitue la forme pure.

L'intérêts privés = dérive, cela constitue la forme altérée
1.2) La constitution « mixte »

la solution pour les anciens = d'une constitution dite « mixte » : cumul des traits communs à chacune des formes pures.

Selon Cicéron, ce type de l.7 « constitution politique triple » est une chose que l.79 « Rome du temps des rois » l.8 « a en commun » avec Carthage et Sparte (Lacédémone).

Sparte : « des lois de Lycurgue » : important par la tradition, existence pas prouvée (Herodote, Plutarque -> Vie de Lycurgue), fils d'un roi de Sparte assassiné ==> création d'un conseil des anciens et d'une sorte d'assemblée, ajoutés aux deux rois traditionnels.

Cicéron évoque les institutions étrangères au travers de ses références romaines, parle de l.18 « sénat » (interpretatio!).

Sparte globalement = double-monarchie et oligarchie.

Carthage : suffetat, magistrature suprême 2 personnes / an, conseil des Anciens de 300 membres, sorte de sénat et une cour des Cent, composée de nobles.
1.3) A la recherche de l'équilibre tempéré

Ce type de constitution mixte est problématique aux yeux de Cicéron.

l.14 « Ces constitutions mixtes [...] ne parviennent pas à l'équilibre tempéré », elles sont l.24 « extrêmement instables ».

La monarchie peut-être un régime l.29 « irréprochable » = c'est une forme pure.

formes mixtes = l'aspect monarchique prendrait inévitablement le dessus, l.79 « même si l'on accorde quelque droit à ce peuple, comme on le fit sous nos rois, malgré tout, ce titre de roi l'emporte sur l'Etat en question et ne peut-être de fait et de nom qu'une royauté ».

==> tout repose sur la possible l.25 « faute d'un seul homme ».

Paradoxes : régime potentiellement l.29 « irréprochable » == une forme d'esclavage, l.36 « le peuple manque [...] de la liberté ».

traits monarchiques de Sparte et Carthage +/- == consulat de la période dite républicaine romaine.

Quoi qu'il soit, la monarchie entraîne l.26 « irrésistiblement sur la pente la plus funeste », selon un l.56 « mouvement naturel »



2) L'expérience monarchique romaine selon Cicéron

Après s'être penché sur les aspects théoriques, voir l'exemple historique - supposé tel - qui est là pour appuyer le raisonnement. Ici, Cicéron évoque en fait les derniers rois de Rome.
2.1) Un « monarque excellent », Servius Tullius

pas nommé = l.63 « un monarque excellent » assassiné.

Selon la tradition romaine : Servius-Tullius après Tarquin l'Ancien mort < favorisé par la femme celui-ci et mère de Tarquin le Superbe.

Ce dernier s'illustre comme le fondateur Romulus :


2.2) Tarquin le Superbe, « le plus laid »

Titre de sous partie paradoxal ? En fait l'épithète superbus signifierait ici orgueilleux, et non superbe au sens contemporain.

Arrivée au pouvoir dans le sang : l.63 « souillé du meurtre » de Servius tué par sa propre fille, qui est aussi femme de Tarquin, l'écrasant en char (rue du Crime)

Dans un premier temps, où l.44 « les Romains supportaient » ce régime.

Mais l.63 « il n'avait plus toute sa présence d'esprit », L.65 « il voulait se faire craindre », l.45 « injuste et cruel ».

La tradition l'associe à


2.3) La chute de la monarchie

Ne sais plus l.69 « régler sa conduite », « maîtriser les passions de ses proches »(y compris enfants, ce qui est une faute pour le pater familias romain).

Sextus Tarquin (fils), retour du siège d'Ardée, => s'éprend de la femme de Tarquin Collatin, Lucrèce (l.69-70), et la viole.

Lucrèce, privée de cette vertu essentielle pour la femme romaine qu'est la pudor (davantage sens de l'honneur que pudeur), se tue.

Évènement déclencheur d'un sursaut politique, l.79 « La cité se souleva ». sous la houlette de Lucius Brutus (l.72) et de Publius Valerius (futur Publicola), des compagnons de Collatin.

Illustration de l'idée de chose publique : l.78-80 « lorsqu'il s'agit de sauvegarder la liberté civique, il n'y a plus de simple particulier », un bien commun.

Tout ceci provoque l.84-85 « l'exil du roi lui-même, de ses enfants et de toute la descendance des Tarquins », qui partent pour Cumes. Nous sommes en 509 avJC.

Quand à Brutus, l.74 « homme éminent par ses qualités intellectuelles et morales » il contribua à l'établissement d'un système consulaire et fit exécuter ses fils, coupables d'avoir tenté une restauration monarchique.



3) L'expérience monarchique romaine selon Cicéron revisitée

Grâce aux sources archéologiques, confrontation sources, il est possible de formuler d'autres hypothèses, de nuancer certaines affirmations...
3.1) Servius Tullius, un second Romulus ?

l.40 « après s'être solidement conservée pendant deux cent vingt ans environ, cette magnifique constitution sur Romulus [...] ». Continuité sans failles jusqu'à l'arrivée de Tarquin le Superbe ?

C'est uniquement à ce moment là que se produit « cette évolution » l.54 ?

Déjà évoqué les rapprochements Romulus : il s'agit d'un dévelop. ancien, déjà du vivant de Servius Tullius.

On fait référence à la légende de Romulus : si on y fait appel ainsi, c'est que les faits étaient différents ? Par exemple, peu probable que la femme de Tarquin l'Ancien ait favorisé Servius Tullius contre son fils Tarquin le Superbe.

Selon l'empereur Claude, érudit : Servius Tullius faisait partie d'une bande de sorte de mercenaires étrusques, autour des frères Vibenna. Engagé par Tarquin l'Ancien => prise de pouvoir.

La Fresque de la Tombe François du IVème siècle confirme cette idée..

Pas de cheminement limpide depuis Romulus = rien qu'en remontant à une génération, il y a un flou important.
3.2) Tarquin le Superbe, « des lieux communs véhiculés par la littérature grecque »

(titre Dominique Briquel, des rois venus du Nord)

l.67 « maîtriser les passions » conforme au portrait du tyran selon Platon : analogie entre l'âme tyrannisée par la passion et l'Etat tyrannique. On ne compte pas les références à ses « transports d'orgueil » l.67

schéma indo-européen (G. Dumézil) : les trois fonctions dans le sens négatif, (en une phrase) l.46 : souveraineté (« lui soumit tout le latium », selon la légende, par traîtrise), guerre/conquête (« s'empara de la ville de Suessa Pometia », ici, par ruse, moyen lâche), économie (« regorgeait de richesses », qu'il ne dépense pas directement pour Rome l.54 « en guise d'offrandes à Apollon »).

Quand aux reproches : les corvées seraient une innovation ? douteux...
3.3) La présence féminine

Présence de femmes à deux occasions : début et fin de règne de Tarquin le Superbe.

En fait, si l'on étudie les monarques précédents, y compris Servius Tullius, on se rend compte que certaines femmes sont quasi dépositaire du pouvoir monarchique, bien que n'ayant aucun droit au règne.

La première : Tullia, épouse du Superbe et fille de Servius, directe coupable du l.63 « meurtre d'un monarque excellent », son père.

La seconde : Lucrèce, l.71 « cette femme chaste et noble », victime du viol de Sextus Tarquin, fils du Superbe.

Opposition de la femme étrusque -selon les romains- à la femme romaine idéale. La première est terrible, ambitieuse, la second est discrète, exemplaire par sa faculté à s'effacer (au propre et au figuré).

(Lorsque Sextus Tarquin revient d'Ardée, il voit sa femme (étrusque) ripailler, alors que Lucrèce file la laine.)

Bien que ce soit un point de détail, parait intéressant de le relever.
3.4) Une insurrection populaire ?

l.80 « la cité se souleva », l.84 « elle décreta ». Brutus est un « exemple » l.79.

On nous dresse la vision d'une cité unanime, toutes couches sociales confondues.

Derniers monarques = réformateur ? Ex du Capitole.

Du roi, on passe à un système de collèges de 2 consuls, un commun accord entre le Sénat et le peuple (SPQR), avec l'idée concordia ordinum (leitmotiv de la période qui suit)

Pourtant, il reste des complots : Brutus, l.76 « soutint la charge tout entier » fit exécuter ses fils, participants à ce complot.

Pourtant, les noms évoqués ne semblent pas provenir de toutes couches sociales.

Révolution de l'oligarchie -> opposé aux monarques étrusques

Dans les quatre années qui vont suivre, Publis Valerius (Publicola) = un consul prédominant (Brutus mourra très tôt), aux pouvoirs très importants...

Dernier élément mettant en doute l'unité : apparition du conflit patricio-plébéien.
3.5) Une menace de retour monarchique ? Récit avant-tout historique faisant office d'avertissement, conseil, pour Rome, aujourd'hui.

l.54 « vous devez apprendre à connaître, dès son origine, le mouvement naturel et le développement périodique » [de cette évolution]

l.60 « il faut savoir où incline toute évolution, pour être capable de l'arrêter ou d'intervenir en prenant les devants .»

Le risque d'un retour monarchique n'est pas du tout exclu pour Cicéron, au contraire - très précautionneux à cet égard.

Mise en garde contre l'arrivée au pouvoir de personnes l.100 « à l'apparence humaine, mais [... qui] dépasse par l'inhumanité de son caractère les bêtes féroces les plus dévastatrices », l.104 « qui refuse d'avoir avec ses concitoyens [...] toute communauté juridique, toute solidarité humaine ».

-> l.108 « stigmatiser ceux qui, alors même que l'Etat était déjà affranchi, ont aspiré au pouvoir absolu ».

Évènements d'avant 51 :

= révolution contre les rois étrusques : les intérêts de l'oligarchie perturbés par des pouvoirs personnels surpassant tout.



Conclusion

(Objet : Comment Cicéron connaît ou décrit les problèmes de la monarchie romaine passée ? Quelles sont ses recommandations en matière de constitution politique ? Cicéron est-il placé uniquement selon une perspective théorique et historique ? )
1) Recommandations n'adhère pas aux « formes pures » de gouvernement, néfastes sur le long terme. Sa préférence va aux « constitutions mixtes » - quoi qu'un seul exemple « d'équilibre tempéré », c'est-à-dire stable, existe à ses yeux = le régime romain que nous appelons République. Sa recommandation = conserver et protéger l'existant.

La monarchie, les régimes de pouvoir absolu = a terme « funestes »... Quoi que sa position n'est pas si nette, puisqu'il reconnait aux formes pures (la monarchie surtout) une certaine perfection sur le court terme, tant que l'élément corrupteur n'intervient pas.
2) Compréhension, lecture du passé romain L'historicité du récit ? éléments purement légendaires, partiellement ou totalement historiques. association faite entre Romulus et Servius Tullius - Tarquin le Superbe et les clichés de la littérature grecque sur le tyran - dualité entre femme supposée étrusque et femme romaine idéale - concept de concordia ordinum.
3) Avertissement risques d'un pouvoir absolu, l'hypothèse que ce passé peut se reproduire -> mit en parallèle avec son actualité parait évident.

Pas que théorique et historique mais aussi et surtout politique Cicéron cherche à intervenir, à maintenir l'ordre oligarchique, idéal pour lui.



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